Eh oui ! Je m'en vais voir mon fils, Claude ! Pour moi, c'est merveilleux mais aussi angoissant, car cela fait dix ans que j'ai vu mon fils et que j'ai regardé dans ses beaux yeux depuis que la vie nous a séparés.
Tout au long de la route, je pense aux retrouvailles qui m'attendent. Ouf ! Qu'est-ce que je vais lui dire, pour l'amour du Ciel ? Comment va-t-il se sentir ? Je prie silencieusement : "Esprit-Saint, éclaire-moi, s'il vous plaît".
J'arrive... Mon Dieu ! Quelle grande clôture... et des barbelés tout autour de cette immense bâtisse... car mon fils est en prison. Des grosses larmes dégoulinent le long de mes joues et m'empêchent de voir l'entrée.
J'entre et je l'aperçois. Ah ! Comme il est grand et beau ! J'ouvre grand les bras et embrasse ce grand inconnu. Enfin, après dix ans, nous allons passer les fêtes de Noël ensemble.
Après quelques moments, les mots d'usage étant dits, nous voici muets, gênés, gauches comme de parfaits étrangers. "Veux-tu, on va monter et décorer un sapin de Noël ?" suggère mon fils. Il part et revient avec une grosse boîte tout abîmée. Il sort les différentes parties du sapin artificiel et me dit: "Mom, te souviens-tu quand papa allait chercher un sapin dans la forêt ? Quand il rentrait à la maison, le sapin était encore gelé et on préparait les boules et les décorations en attendant que l'arbre dégèle".
À cet instant, je le regarde dans les yeux. Ils brillent comme lorsqu'il était petit. Je sens que notre contact dégèle aussi. Je me retourne pour mettre les branches en ordre et cacher mes larmes qui se sont remises à couler. Je les essuie avant qu'il ne les voit.
Claude tient le jeu de lumières dans ses mains et me dit: "Pour moi, les lumières du sapin de Noël brillent comme l'étoile des rois mages et attirent la visite. Je me rappelle que c'était toujours toi qui préparais le Réveillon de Noël. Est-ce que tu le fais encore ? Je me rappelle l'odeur de la dinde et du ragoût de pattes. Comme j'ai hâte de manger un bon repas à la maison, comme autrefois". Je réalise qu'il manque beaucoup nos fêtes en famille... Je le prends dans mes bras et lui caresse le dos. Il me chuchote à l'oreille : "Si tu savais comme je t'aime. J'ai hâte d'être avec vous tous".
À partir de ce moment, je sais que notre visite ira bien et qu'on va pouvoir se parler sans barrières. Je sens un lourd fardeau qui tombe de mes épaules. Un doux sentiment m'envahit et je ressens qu'entre nous, il y a une paix et une joie qui s'établissent. Pour trois jours, cette maisonnette est à nous et ensemble, nous allons retrouver le goût de vivre. Quelle joie ! Dans mon coeur, j'élève une prière de remerciement au Seigneur.
Francine Guindon